Eco thérapie; quand la forêt nous parle

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Voilà des jours que la forêt m’appelait sans que je n’arrive à choisir d’arrêter le temps pour aller l’écouter… m’écouter. Aujourd’hui je me suis enfin permise de me retirer du monde et la forêt m’a parlé. J’ai envie de vous raconter.
C’est arrivé doucement, sournoisement… un pincement de cœur, un tiraillement, une peine, des larmes, puis une vague de tristesse. Un truc qui me colle à la peau depuis des jours, pendant qu’autour de moi semblent vouloir s’accumuler des fracas lourds à mon cœur. Alors aujourd’hui j’ai décidé de chausser mes raquettes et de m’extraire du monde. Me faire engloutir, absorber par la forêt. Ne plus exister pour les autres, un instant.
Avec toute la neige tombée c’est aussi magnifique que c’est rude.
Si beau pour les yeux, si dur pour les jambes… l’incroyable métaphore de ma difficulté à avancer. Consciente de mon besoin de me comprendre, de mon désir de trouver de nouveaux chemins en moi pour m’extirper de cette noirceur je décide de ne pas suivre le sentier mais bien d’en ouvrir un nouveau. Tracer un nouveau chemin à l’extérieur en attendant de pouvoir le faire à l’intérieur. Appeler mon corps, mon âme, mon intelligence émotionnelle à faire preuve d’ouverture, enjoindre mon être entier à se mettre en mouvement pour tendre l’oreille, ouvrir les yeux, accueillir les métaphores.
Tandis que je marche et m’enfonce dans la poudreuse un arbre mort couché au sol attire mon attention. Ce qui me bouleverse c’est toute la neige qu’il supporte sur sa surface mais aussi l’incroyable quantité de neige qui dépasse de lui et qu’il supporte malgré tout. Ça me parle. La beauté de tout ce que permet un simple point d’appui. La difficulté aussi de porter même de simples petites choses, compte tenu de toute la place qu’elles peuvent finir par prendre, les unes assemblées aux autres.

Je reprends ma marche pleine de gratitude de ce premier message.
À un moment où j’hésite entre une direction ou une autre je réalise qu’un peu plus loin un arbre est tombé empêchant mon passage et m’enlignant du coup vers l’autre direction. Je goute à la simplicité de la chose. Me laisser guider sans questionner, sans douter, sans crainte. M’en remettre entièrement à ce qui s’offre au fil de mes pas. C’est alors qu’un son m’interpelle, me voilà tout près de l’arbre qui grince. Je l’ai rencontré l’an passé, par hasard. Et force est de constater que si aujourd’hui mon nuage est noir il n’a pas de commune mesure avec celui à pareille date un an plus tôt. Cependant je l’écoute me raconter ce qui monte en moi au fil de ses chuintements. Il s’agit de deux arbres qui ont poussé très près un de l’autre. Lorsque le vent les fait bouger, une des branches n’a plus l’espace suffisant pour se mouvoir. Elle frotte sur le tronc de l’autre au point d’avoir tracé une encave au fil du temps… et chaque va et vient génère un grincement. Cela me parle du désir de proximité versus la sensation d’étouffer, du besoin d’espace de chacun, de ce qui pousse et se déploie sans que l’on puisse le contenir même si cela contraint les autres, des traces que cela laisse, des grincements que cela génère.
J’aurai préféré le passage d’un orignal me rappelant ma majestuosité ou celui de la perdrix appelant au Sacré, mais là ça grince en moi et c’est ce que je rencontre dehors aussi.

Je prends acte.

Et je reprends ma marche, en me sentant soutenue malgré tout. Cette sensation d’être vue, reliée au grand tout. À partir de là je décide de retrouver le chemin et quelle sensation incroyable lorsque j’y arrive. La sensation d’être alignée. Je réalise que cela me demande bcp de vigilance. À plusieurs reprises je m’égare dans mes pensées … et mes pas, et perds le chemin. Chaque fois que je le retrouve qq chose s’allège en moi.
Nait une sorte de fierté et de confiance.
Une porte apparait.
Quelque chose se dégage.
Le soleil brille, même s’il est dans mon dos.

Comme chaque ballade, je la finirais dans l’enclos des chevaux.
Mon beau Kawa dont l’œil coule et est fermé depuis deux jours, a l’œil ouvert et bien sec !
J’accueille la joie nouvelle qui revient en moi doucement et avec elle le consentement à cet état qui n’est pas gracieux, mais qui m’apprend.